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"Ida menait une existence des plus faciles, elle se levait et s'asseyait et entrait et sortait et se reposait et allait se coucher." Mais malgré cela, malgré cette vie des plus anodines, il lui arrivait quand même de "drôles de choses" à Ida, par exemple s'inventer une jumelle, compter tranquillement jusqu'à dix (mais après "Il lui était très difficile de se rappeler combien de fois dix elle avait pu compter une fois qu'elle les avait comptés car il lui fallait se les rappeler deux fois et quand elle avait compté jusqu'à cent qu'est-ce qui se passait."), rencontrer un certain nombre de gens ("Ça lui avait donné envie de parler"), regarder une mite voler ("ça l'inquiéta"), rencontrer un lézard au beau milieu du Texas, devenir de plus en plus connue (on se demande bien comment), acheter des chaussures, ne pas en acheter, ou encore se marier, pour partir "vivre sous d'autres cieux comme mari et femme"."
Critique d’Oriane (Crayon de couleur rose fuchsia): le seul « vrai » roman de Gertrude Stein qui disait (comme moi, mais je viens trop tard…) que le roman avait échoué à cause de ses personnages préfabriqués (quelque chose comme ça), ce avec quoi je suis d’accord. GS a réussi à faire de la littérature avec du vide, les mots pour les mots sans se soucier réellement de ce à quoi ils pourraient référer; il y a une perte de confiance absolue dans le rôle communicationnel du langage et, en même temps, une confiance absolue dans le langage lui-même. Ce personnage d’Ida se constitue de mécanismes verbaux (d’une certaine façon il y a du Raymond Roussel là-dedans, mais le connaissait-elle?) et c’est bien sympathique même si des imitations caricaturales envahissent le monde littéraire actuel.
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